Les livres des expositions
Rencontres d’Arles 2018

Pour accompagner la trentaine d’exposition de cette 49e édition des Rencontres d’Arles, des livres, des livres, toujours des livres. Passage en revue.


  • Robert Frank, Les Américains, Delpire, 2018
  • Paul Graham, The Whiteness of the Whale, MACK, 2015
  • Charles Diaz, Mémoires de police dans la tourmente de mai 68, Éditions Textuel, 2017
  • Christophe Draeger & Heidrun Holzfeind, Comme-ci Comme-ça [The Auroville Project], Kodoji Press, 2017
  • Jonas Bendiksen, The Last Testament, Aperture/Gost, 2017
  • Gregor Sailer, The Potemkine Village, Kehrer Verlag, 2017
  • Les Pyramides de René Burri, Éditions Textuel, 2018
  • William Wegman, Être humain, Éditions Textuel, 2017
  • Jane Evelyn Atwood, Pigalle People, 1978 - 1979, Le Bec en l'air, 2018
  • Monica Alcazar-Duarte, The New Colonists, Bemojake, 2017
  • Anne Golaz, Corbeau, MACK, 2017
  • Thomas Hauser, The Wake of Dust, Auto-édition, 2015
  • Anton Roland Laub, Mobile Churches, Kehrer Verlag, 2017
  • Feng Li, White Night, Jiazazhi Press, 2017

Robert Frank, Les Américains, Delpire, 2018

En 1955, Robert Frank traversa les États-Unis. Un cow-boy, un home tatoué faisant sa sieste sur l’herbe d’un parc, la souffrance d’une femme qui vient d’enterrer un proche, un cireur de chaussures, une route, des femmes qui trinquent ; seules quatre-vingt-quatre de ses images furent publiées, en 1958, dans l’indifférence. Ce livre est depuis devenu un classique de la photographie. Jugé triste, pervers, voire subversif par la presse américaine d’alors, son importance n’a pourtant cessé de croître au fil des années. Les photographes, les critiques et le grand public ont salué en Robert Frank un véritable novateur.

Raymond Depardon, Depardon USA, Éditions Xavier Barral, 2018

À Chicago, en 1968, Raymond Depardon effectue son premier reportage outre-Atlantique. Il couvre la convention nationale démocrate, assiégée par la manifestation contre la guerre du Vietnam. Durant l’été 1981, Raymond Depardon envoie de New York, pendant un mois, une photo et une légende par jour au journal Libération. Cette Correspondance new-yorkaise marquera, avec ses images hors-champ et ses légendes décalées, un tournant dans son parcours photographique. En 1982, Raymond Depardon sillonne l’Ouest des États-Unis, du Nouveau-Mexique à la Californie en passant par le Colorado et le Nevada. Il retrouve l’Amérique en 1999 en se confrontant cette fois, dans un format hauteur, aux paysages grandioses de l’Arizona, du Montana et du Dakota.

Paul Graham, The Whiteness of the Whale, MACK, 2015

La Blancheur de la baleine rassemble trois séries de travaux réalisés aux États-Unis entre 1998 et 2011 : American Night (1998–2002), a shimmer of possibility (2004–2006) et The Present (2009-2011). American Night chronique les impressions initiales de Graham concernant ce pays et ses divisions socio-économiques. À travers la combinaison d’images surexposées quasiment invisibles et de photographies en couleurs, ce travail présente des vues contrastées suggérant la division de classe tacite mais omniprésente au sein de l’Amérique contemporaine. La série a shimmer of possibility est le résultat d’un voyage et d’un vagabondage à travers l’Amérique de tous les jours. Plutôt que de rechercher à tout prix l’image décisive, Graham adopte le processus hésitant consistant à voir et à reconnaître. Se déployant comme une épopée de l’insignifiant et de l’accidentel, ses séquences de photographies recouvrent les intervalles de temps et d’espace et l’entrecroisement de leurs fils narratifs. Enfin, The Present rappelle la tradition de la photographie de rue new-yorkaise et saisit l’énergie frénétique de Manhattan et les déplacements constants de l’attention, dirigée tantôt vers les gens, tantôt vers les lieux de la turbulente scène urbaine.

Taysir Batniji, Home Away from Home, Aperture, 2018

Home Away From Home a été réalisé en 2017 dans le cadre de Immersion, une commande photographique franco-américaine, programme de soutien à la photographie contemporaine créé par la Fondation d’entreprise Hermès en alliance avec l’Aperture Foundation. L’artiste a choisi de vivre au plus près de ses cousins palestiniens immigrés aux États-Unis afin de saisir la discontinuité temporelle et spatiale, les points de rupture mais aussi de fusion entre une identité acquise, dont on se dépossède tout en s’y attachant, et une identité recomposée.

Charles Diaz, Mémoires de police dans la tourmente de mai 68, Éditions Textuel, 2017

Qui étaient-ils, ces policiers qui faisaient face aux manifestants en Mai 68 ? Comment étaient-ils organisés ? Commandés ? Par qui ? Ce livre retrace les deux mois historiques de cette année mythique. Grâce à des documents jamais reproduits, il offre un point de vue inédit de l’autre côté des barricades : témoignages, notes de services, fiches des RG, ordres et contre-ordres, saisie à l’École des Beaux-Arts… Au fil des pages, apparaissent les affrontements au sein de la hiérarchie, les questionnements des policiers, leur sidération aussi. Sous l’uniforme, ces policiers souvent très jeunes se trouvent confrontés à l’une des plus violentes guérillas urbaines de l’après-guerre. Une expérience collective qui aura de nombreuses conséquences sur l’organisation des forces de l’ordre et leur relation avec la population. Charles Diaz ouvre les archives de la préfecture de police.

Paul Fusco, Rein Jelle Terpstra, Philippe Parreno, The Train, Éditions Textuel, 2018

Le 8 juin 1968, trois jours après l’assassinat de Robert F. Kennedy, son corps était transporté dans un train funéraire de New York à Washington. The Train se penche sur cet événement historique à travers trois travaux distincts. Le premier est constitué d’un ensemble de photographies couleur de Paul Fusco. Prises depuis le train funéraire, les images capturent des personnes endeuillées alignées le long des rails. Depuis une perspective opposée, le second travail présente des photographies et des films amateurs réalisés par les spectateurs eux-mêmes et rassemblées par l’artiste hollandais Rein Jelle Terpstra. Enfin, l’œuvre réalisée par l’artiste français Philippe Parreno est une reconstitution, sur un film 70 mm, du voyage du cortège funéraire – une façon de « montrer le point de vue du mort », selon Parreno. Faisant dialoguer des œuvres à la fois historiques et contemporaines, cette exposition puissante et multidisciplinaire éclaire d’un regard nouveau un moment clé de la culture américaine et de la mémoire.

Christophe Draeger & Heidrun Holzfeind, Comme-ci Comme-ça [The Auroville Project], Kodoji Press, 2017

« Auroville veut être un pont entre le passé et l’avenir » voici ce qu’écrivait sa fondatrice Mirra Alfassa en 1968, alors que l’ambitieuse communauté voyait le jour dans le sud de l’Inde. Christoph Draeger et Heidrun Holzfeind se sont rendus là-bas pour vérifier si ce pont vers l’avenir avait pris corps ou non, tandis que 2 500 personnes vivent encore à Auroville. Ces idéaux de propriété commune et de vie guidée par la recherche et l’apprentissage ont-ils survécu ? Les habitants d’Auroville sont-ils aussi enthousiastes aujourd’hui qu’ils l’étaient dans les années 1960 ? Cette exposition tente de créer une installation immersive rassemblant des vidéos, des photographies, des sculptures, des objets, des plantes (ayant poussé à partir de graines ramenées d’Auroville), que les artistes ont découverts au cours de leurs recherches dans les archives, de leurs observations sur le terrain, et de leurs entretiens avec les actuels habitants d’Auroville.

Jonas Bendiksen, The Last Testament, Aperture/Gost, 2017

Le Dernier Testament de Jonas Bendiksen se penche sur sept hommes qui, tous, prétendent être le Messie redescendu sur Terre. Grâce aux portraits intimistes de Bendiksen et aux témoignages dont il se fait l’écho, Le Dernier Testament explore les limites de la foi religieuse, au sein d’un monde qui semble avoir désespérément besoin d’une rédemption et se languir de la venue d’un nouveau prophète. Qu’il s’agisse de courir dans les rues en compagnie du Jésus de Kitwe afin d’échapper à une foule en colère, de se joindre à un pèlerinage d’anniversaire en l’honneur du Messie en Sibérie, ou encore d’assister à la fin des temps avec Moses en Afrique du Sud, Bendiksen a toujours eu à cœur de s’immerger dans le quotidien de ces croyants. Partant à chaque fois du principe que ces Messies réincarnés sont bien qui ils prétendent être, il a su en tirer des récits qui relèvent à la fois d’un travail de journaliste de l’Apocalypse et d’une création artistique fascinante.

Olga Kravets, Maria Morina, Oksana Yushko, Anna Shpakova, Grozny, Nine Cities, Filigranes Éditions, 2018

Allez faire un tour sur Puntin Prospect, la rue principale de Grozny, et observez attentivement les femmes musulmanes longilignes qui remplissent les instituts de beauté et les hommes au volant de leur 4×4 de sport flambant neufs. Vous aurez du mal à croire qu’il y a moins de dix ans, cet endroit était anéanti par les assauts de l’artillerie et de l’aviation russes. Mais attendez avant de célébrer la paix : derrière les murs, la haine et le désespoir continuent leur triste danse. Les plaies de la Tchétchénie sont toujours béantes. Aucun bar à la mode, aucune affiche de propagande à l’effigie du leader tchétchène Ramzan Kadyrov présente sur la moitié des immeubles ne peut masquer la solitude de Grozny. Couche après couche, le projet documentaire Grozny, neuf villes dévoile la réalité de la vie complexe de la capitale tchétchène. Les neuf thèmes du projet (ou neuf villes) constituent une plongée dans les efforts des Tchétchènes pour trouver leur propre chemin d’accès au bonheur.

Michael Christopher Brown, Yo Soy Fidel, Damiani, 2018

Yo soy Fidel suit pendant plusieurs jours le cortège funèbre de Fidel Castro, l’ancien révolutionnaire et chef d’État cubain, à la fin de l’année 2016. Michael Christopher Brown s’est penché depuis la fenêtre de sa voiture, côté passager, pour photographier les Cubains massés le long de l’autoroute pour voir passer le convoi militaire chargé d’acheminer les cendres de Castro de La Havane à Santiago. Cet itinéraire fait écho au voyage qu’entreprit Fidel Castro après la Révolution, de Santiago à La Havane, en 1959. Dans Yo soy Fidel, si des fragments de cette image originelle semblent avoir survécu à sa mort, la question de l’avenir de Cuba se pose avec acuité. Considérée pendant un demi-siècle comme un symbole de dignité et d’espoir dans la lutte contre l’impérialisme, Cuba doit désormais faire un choix : rester fidèle à la voie révolutionnaire empruntée par Castro ou bien succomber à la mondialisation et à tout ce que cette dernière implique.

Gregor Sailer, The Potemkine Village, Kehrer Verlag, 2017

L’expression « village Potemkine » remonte au Prince Grigory Aleksandrovich Potemkine, ministre russe qui, pour masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II la Grande en Crimée en 1787, aurait prétendument fait ériger des villages entiers faits de façades en carton-pâte. Gregor Sailer documente ici ce phénomène architectural en photographiant entre 2015 et 2017 les villages Potemkine modernes : des centres d’exercice militaire aux États-Unis et en Europe aux répliques de villes européennes en Chine, en passant par des pistes d’essais de véhicules en Suède ou encore des rues entières mises en scène pour la visite de personnalités politiques. Les images de Gregor Sailer capturent ce qui se cache derrière ces façades. En révélant leur caractère artificiel, il souligne l’absurdité de notre époque.

Les Pyramides de René Burri, Éditions Textuel, 2018

René Burri découvre à l’occasion de son premier voyage en Égypte en 1958 la pyramide de Saqqarah. Lui qui a passé son enfance en Suisse au milieu des montagnes se trouve instinctivement fasciné par ces constructions prodigieuses, issues de la main de l’homme. Des montagnes dans le désert, mais sans la neige. Il se rendra plusieurs fois au Mexique, au Guatemala et en Égypte pour rassasier son œil. Il les photographie en noir et blanc et en couleurs. Dans un même élan il en adopte la forme triangulaire. Ses photographies sont pleines de clins d’œil inconscients aux pyramides : toits de maisons, tipi d’Indiens, architecture moderne, jardins zen… Féru de géométrie, René en voyait partout. Il en couvrait ses carnets de dessins et collectionnait même des objets en forme de pyramide. Son goût pour cette figure était sa manière de découvrir ce que les montagnes lui avaient caché pendant si longtemps : l’horizon, le point de vue.

Ann Ray, The Unfinished, Lee McQueen

Ann Ray a rencontré Lee McQueen en 1996 alors qu’il venait d’être nommé directeur artistique de Givenchy. Une amitié immédiate va les lier et pendant 13 ans, jusqu’à sa mort en 2010, Lee McQueen va laisser Ann Ray tout photographier : préparatifs, défilés, moments d’intimités. 35 000 photographies argentiques sont issues de cette relation de confiance. L’exposition Lee McQueen – Les Inachevés propose une plongée dans l’univers de celui que l’on a longtemps considéré comme l’enfant terrible de la mode, mais qui était surtout un poète visionnaire et un talentueux homme d’images.

William Wegman, Être humain, Éditions Textuel, 2017

Artiste américain aux talents multiples, William Wegman résiste à toute classification trop simple : il évolue habilement entre la peinture, le dessin, la photographie, la vidéo. Bien que ses fameux braques de Weimar ne soient pas présents dans tous ces médias, ils sont au coeur de son art. À la fin des années 1970, Wegman trouva dans l’impression Polaroid grand format son moyen d’expression favori — un format d’impression parfait, des couleurs magnifiques et une « instantanéité » qui favorisait la spontanéité. Si le monde de Wegman semble tourner autour de ses braques de Weimar, est-il pourtant question ici de chiens ? Être humain semble indiquer le contraire : ces modèles, ce sont nous ; et nous sommes eux : femme au foyer, astronaute, avocat, prêtre, ouvrier agricole, et même… promeneur de chiens ! Tandis que certains posent fièrement et avec assurance devant l’objectif, d’autres expriment doutes et vulnérabilités : tout est question d’être humain.

Baptiste Rabichon, En ville, co-édition BMW Art et Culture/Éditions Trocadéro, 2018

Lauréat de la Résidence BMW 2017 à Gobelins, Baptiste Rabichon propose une pratique de la photographie qui redonne un sens à l’idée d’une matière porteuse de contenu. Son travail est un ensemble de sensations et d’impressions. Son discours se construit par l’utilisation d’outils et de protocoles de fabrication complexes, mêlant nouvelles technologies et techniques anciennes. Ils sont étranges et rares ces objets uniques, qu’il faut bien nommer photographies, aux formes variées, visions parcellaires du jardin des Hespérides. Ils sont le résultat d’une action spécifique sur la scène photographique française, une expérimentation où la fantaisie côtoie l’admiration pour les grands ancêtres. Dans ce décor, il est possible certains jours d’y apercevoir Fox-Talbot ou Renger-Patzsch. Ils s’y promènent et prodiguent quelques utiles conseils à ce jeune jardinier, cet homme fait fleur.

Jane Evelyn Atwood, Pigalle People, 1978 – 1979, Le Bec en l’air, 2018

Pigalle, 1978. Jane Evelyn Atwood, jeune Américaine arrivée à Paris quelques années plus tôt, vient de consacrer son tout premier reportage photographique aux prostituées de la ville. Elle y affirme d’emblée ce que seront les principes de son œuvre : temps long, immersion, respect et empathie. Et l’univers de la nuit la fascine. Elle continue de l’explorer. Elle déambule dans les petites rues qui grimpent du boulevard de Clichy vers les Abbesses : rue Lepic, rue Houdon, et la rue des Martyrs… C’est le quartier des transsexuels, avec ses bars connus des seuls habitués, sa chaleur, ses joies, sa violence aussi, les touristes attirés par la vie nocturne mais peu enclins à s’éloigner du boulevard, et les passes à cent francs. Un jour la photographe voit deux transsexuels entrer dans un immeuble. Elle les suit. Saouls mais dépourvus d’agressivité, ils la laissent les photographier. C’est là que ce livre commence. Les images qu’il rassemble seront réalisées sur une période d’un peu plus d’un an.

Monica Alcazar-Duarte, The New Colonists, Bemojake, 2017

Une ville de Pennsylvanie nommée Mars, des images documentant le travail des scientifiques qui rêvent de la planète rouge et un portail de réalité augmentée, ce sont les trois parties du livre de Monica Alcazar-Duarte, bâti sur le projet, de plus en plus tangible, de l’exploration martienne.

Anne Golaz, Corbeau, MACK, 2017

Avec la série Corbeau, Anne Golaz invite le spectateur dans la maison de son enfance, une ferme qu’elle photographie et raconte depuis plus de 13 ans. Corbeau, qui trouve son titre dans le poème homonyme d’Edgar Allan Poe, est habité par les thèmes existentiels de la disparition, du souvenir de la fratrie et de l’héritage familial. Un personnage principal, jeune homme tôt mis au travail, traverse cette histoire, racontée par de multiples couches narratives qui s’entrecroisent et se répondent.

Thomas Hauser, The Wake of Dust, auto-édition, 2015

Mené à partir des résurgences d’une mémoire réinventée, en permanence reconstruite, selon un dispositif archéologique, ce travail relève tout à la fois d’une dynamique d’enfouissement et de révélation. Le titre est particulièrement évocateur : il s’agira bien ici d’assister à un « réveil de la poussière », au sillage de sa mémoire active, par-delà la disparition. L’artiste propose une série de plusieurs photographies grand format, impliquant physiquement le visiteur, confronté à des visages et à des corps dissimulés, se protégeant d’un soleil peut-être trop éblouissant, pour ne pas dire impressionnant, au sens photographique du terme.

Anton Roland Laub, Mobile Churches, Kehrer Verlag, 2017

Mobile Churches est l’exploration visuelle d’un chapitre méconnu de l’histoire roumaine récente. Dans le Bucarest des années 80, Ceausescu applique son programme de « systématisation » à la capitale roumaine : un tiers du centre historique est rasé pour faire place à des édifices imposants, de larges avenues sont tracées à la gloire du régime. Malgré un acharnement particulier contre les églises, sept d’entre elles sont épargnées et subissent un traitement aussi extraordinaire qu’absurde : soulevées, placées sur rails, elles sont déplacées puis masquées par des blocs d’habitation. À ces églises orthodoxes est associée une synagogue prise en tenaille par un « U » d’immeubles. Associant prises de vue récentes et matériau d’archives, cet inventaire critique révèle une histoire urbaine et politique fascinante et s’attache à rendre leurs images aux églises déplacées de Bucarest, contre la logique de l’effacement et de l’amnésie qui gouverne le pays.

Feng Li, White Night, Jiazazhi Press, 2017

Les photos de Feng Li sont autant de rencontres fortuites avec le casting improbable de la réalité. Cette réalité, c’est celle de Chengdu, en Chine, avec ses rues commerçantes, ses parcs et ses restaurants. En effet, c’est dans la proximité plutôt que dans l’altérité de lointains périples que Feng Li est à son aise. L’instant décisif ne le préoccupe guère et c’est presque malgré lui qu’une faune étrange vient se coller sur son objectif comme autant d’insectes attirés par la lumière des phares. Feng Li n’a d’œil que pour le quotidien et c’est sans effort qu’il décèle les scènes les plus insolites du grand spectacle de la vie de tous les jours. Starlettes en mini jupes, vieilles dames en fausses fourrures, SDF en errance, il épingle de singuliers personnages qui tous à leur manière semblent jouer un rôle dans la grande fiction de la vie ordinaire. Depuis 2005 Feng Li nourrit sans relâche sa seule, unique et pléthorique série Nuit Blanche.

Lucas Olivet, Kopiec Bonawentura, Kerber Verlag, 2018

Le projet Kopiec Bonawentura puise son origine dans une citation d’Alfred Jarry tirée d’Ubu Roi (1896) : « Quant à l’action, elle se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part », violent rappel au contexte historique actuel. Lucas Olivet construit une réponse multiple et transnationale, quelque part entre la Pologne et les terres d’exil de sa diaspora dénommée Polonia. Il s’est laissé guider par une légende polonaise, celle d’Andrzej Tadeusz Bonawentura Kosciuszko. Les historiens l’appellent « le dernier chevalier » ou « le premier citoyen du monde ». Son destin héroïque illustre la cause commune des nations sujettes aux déplacements de leurs frontières. Le titre de l’exposition, Kopiec Bonawentura, est emprunté au nom du tertre construit en sa mémoire sur les hauteurs de Cracovie.

Véronique Ellena. Rétrospective, Silvana, 2018

Témoin passionné de la vie quotidienne dont elle révèle la spiritualité et magnifie la dimension rituelle à travers ses séries, photographe des choses simples auxquelles elle confère beauté et noblesse dans ses portraits, paysages et natures mortes délicatement mis en scène, Véronique Ellena est une artiste singulière dont le musée Réattu propose de découvrir l’œuvre dans toute son ampleur. Cette première rétrospective institutionnelle invite à s’immerger au cœur de trente années de création, ponctuées de séries emblématiques développées à travers la commande publique (Les Grands Moments de la vie, Le Plus Bel âge, Le Havre) et émaillées de résidences artistiques donnant naissance à des ensembles majeurs comme Les Classiques Cyclistes ou Les Natures mortes de la Villa Médicis.

 

Bernadette Caille, Michel Dixmier, Sam Stourdzé, Une révolution esthétique ? Mai 68, des affiches « au service du peuple », Actes Sud, 2018