Présentation

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Pensé comme un webzine consacré au livre de photographie, Épiphanies n’entend pas être objectif, encore moins exhaustif. Privilégiant des choix subjectifs dans une actualité du livre de photographie toujours plus importante, nous rencontrerons ceux qui font sa vitalité : les photographes bien sûr, mais aussi les éditeurs, les graphistes, les imprimeurs, les libraires et autres spécialistes, tandis qu’au fil du temps, nous constituerons une bibliothèque toute personnelle d’ouvrages.

 

De la photographie au livre de photographie

D’American Photographs de Walker Evans (1938) à The Americans de Robert Frank (1958), en passant par les Images à la sauvette de Cartier-Bresson (1952) ou plus récemment La Ballade de la dépendance sexuelle de Nan Goldin (1985), combien de photographes ont clamé haut et fort l’influence qu’avaient pu avoir la découverte de ces ouvrages sur leur pratique photographique ? C’est enfoncer une porte ouverte que de dire que depuis plus d’un siècle, la publication de livres de photographie a jalonné, sinon changé, l’histoire de la photographie elle-même.

                AMERICAN PHOTOGRAPHS - Walker Evans        IMAGES A LA SAUVETTE - Henri Cartier-Bresson        THE AMERICANS - Robert Frank        THE BALLADE OF SEXUAL DEPENDENCY - Nan Goldin

Pourtant, depuis le tournant des années 2000, et notamment grâce au développement des technologies numériques, le livre est devenu une des formes d’expression principales pour les photographes. Jamais autant de livres de photographie n’ont été publiés que ces dix dernières années.

Pour tout photographe, le livre apparait comme un médium efficace et pérenne pour faire connaître et circuler son travail, là où les expositions collectives ne présentent qu’un nombre restreint d’images pour une durée limitée. Pensé comme un objet artistique à part entière, et non comme un simple livre d’images – objet de monstration et de diffusion – il est le fruit d’une collaboration entre l’œuvre d’un photographe, le regard d’un éditeur, l’esprit d’un graphiste et l’expérience d’un imprimeur.

Aujourd’hui, le livre de photographies est partout. Un festival de photographie ne s’envisage plus sans une section qui lui est destinée, tandis que d’autres, un peu partout dans le monde, lui sont exclusivement dédiés. Les institutions prennent elles aussi le pas, faisant l’acquisition de collections de livres de photographies, ou organisant des expositions sur le sujet. Enfin, dans un curieux jeu de mise en abyme, paraissent au fil des ans quelques ouvrages marquants, parmi lesquels la somme en trois tomes conçue par Martin Parr et Gerry Badger (Le livre de photographies : une histoire) est une bible dans le domaine.

                                                    le livre de photographie une histoire volume 1               le livre de photographie une histoire volume 2               le livre de photographie une histoire volume 3

 

Epiphanie et photographie
STEPHEN LE HEROS - James Joyce« L’âme de l’objet le plus commun dont la structure est ainsi mise au point prend un rayonnement à nos yeux. L’objet accomplit son épiphanie. »

Lorsqu’en 1944, James Joyce, dans Stephen le héros, fait de l’épiphanie un des éléments programmatiques de sa conception littéraire, il l’entend comme une expérience de perception esthétique éminemment intense qui se manifeste par une prise de conscience soudaine et lumineuse du caractère essentiel de l’existence.

Le terme « épiphanie » vient du grec Ἐπιφάνεια (epiphaneia) qui signifie « manifestation » ou « apparition ». Des divinités épiphanes, celles « qui apparaissent » aux hommes dans l’Antiquité grecque, à la fête chrétienne qui célèbre « la manifestation du Christ dans le monde », le terme a connu des incarnations diverses.

 

En 1984, les photographes Gilles Mora et Claude Nori rédigent leur Manifeste photobiographique, dans lequel ils recourent à la conception joycienne de l’épiphanie afin de cerner leur projet artistique.

L'ETE DERNIER. MANIFESTE PHOTOBIOGRAPHIQUE - Gilles Mora et Claude Nori« À la question paralysante que se posent beaucoup d’entre nous : « Que photographier ? » nous répondons simplement : notre vie, les crêtes qui peuvent trancher l’horizon plat de l’existence. James Joyce appelait cela des épiphanies. »

Dans cette perspective, la photographie s’entend comme une double épiphanie : « épiphanie technique », apparition d’une image sur une surface sensible ; mais aussi « épiphanie existentielle », révélation de la nature profonde des choses.